Un salarié sur quatre travaille régulièrement à distance en France. Derrière la flexibilité affichée, un phénomène grandit : l’invisibilisation progressive des télétravailleurs. En mars 2025, la DARES a confirmé que le télétravail régulier est associé à davantage de troubles psychologiques, notamment chez les salariés isolés.
Le CSE a pourtant un rôle clé à jouer. Pas celui d’un animateur d’afterworks virtuels, mais celui d’un acteur de prévention et de dialogue social. Voici comment agir concrètement.
Télétravail et isolement : un risque psychosocial que le CSE doit surveiller
L’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale des salariés. Cette obligation couvre aussi le télétravail. Ainsi, le CSE peut inscrire les signaux d’alerte à l’ordre du jour de ses réunions.
Trois indicateurs méritent une attention particulière : la baisse de participation aux réunions d’équipe, les retards répétés dans les rendus et la diminution des échanges informels. Ce sont des signaux faibles de décrochage, souvent négligés par le management.
De plus, l’étude de la DARES identifie trois facteurs aggravants : la distanciation des relations sociales, l’intensification du travail et la confusion entre temps professionnel et personnel. Les femmes, les jeunes actifs et les managers sont particulièrement exposés.
Des méthodes de consultation qui créent du lien à distance
Organiser un quiz en ligne ne résoudra pas le problème. En revanche, certaines pratiques produisent des résultats concrets pour les élus du CSE.
Les consultations anonymes constituent un premier levier. Un baromètre trimestriel, diffusé par voie numérique, permet de mesurer le degré d’isolement ressenti. Les réponses alimentent ensuite les réunions CSE avec des données objectives.
Par ailleurs, les formats hybrides d’échange méritent d’être repensés. Des permanences CSE en visioconférence, à créneaux fixes, offrent un espace d’écoute accessible aux salariés à distance. C’est pourquoi il est essentiel de ne pas limiter la présence du CSE aux locaux physiques de l’entreprise.
Enfin, le CSE peut demander l’intégration d’un volet télétravail dans le DUERP. L’article L.2312-8 du Code du travail légitime cette démarche, puisque le comité est consulté sur l’organisation et les conditions de travail.
Le CSE, acteur de prévention des RPS liés au télétravail
Le rôle du CSE ne se réduit pas à la communication descendante. Il est avant tout un acteur politique et social du dialogue en entreprise.
En cas de situations préoccupantes, les élus disposent d’un droit d’alerte pour atteinte à la santé mentale des salariés. Ce droit déclenche une enquête conjointe avec l’employeur. Par conséquent, il constitue un outil puissant face à l’isolement chronique de certains télétravailleurs.
Recréer du lien avec les salariés en télétravail, ce n’est pas multiplier les animations. C’est exercer pleinement les prérogatives du CSE en matière de santé au travail et de dialogue social.
Sources
- Code du travail, articles L.1222-9 à L.1222-11 (cadre du télétravail), L.2312-8 (consultation du CSE), L.4121-1 (obligation de prévention) — legifrance.gouv.fr
- DARES, « Les risques psychosociaux associés au développement du télétravail », Recherche en bref n°1, mars 2025 — dares.travail-emploi.gouv.fr
- ANI du 26 novembre 2020 relatif au télétravail, étendu par arrêté du 2 avril 2021
- Cass. soc., 19 mars 2025, n° 22-17.315 (indemnité d’occupation du domicile à des fins professionnelles)
- Service-public.fr, fiche « Télétravail dans le secteur privé »


